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Comment recycler son smartphone neuf

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Je suis un nomophobe, addict à mon smartphone, j’avoue moi aussi. J’ai même un second téléphone, au cas ou le premier me lâche, et sur lequel j’ai déjà installé toutes mes applis. C’est un ancien qui fonctionnait encore très bien. Alors c’est justifié, il me sert à lire mes mails, mes messages (sur différentes applis bien sûr), lire les infos, la météo quand je ne crois pas en la couleur du ciel, organiser mes tâches, écouter de la musique ou des livres audio, jouer, trainer sur les réseaux sociaux (procrastiner), prendre des photos, acheter en ligne (mais je fais livrer en locker …), consulter le web, et très rarement téléphoner.

Un infinité de fonctionnalités

Crédit : ADEME

Quand je prends le métro je ne vois que des têtes inclinées sur ces petits objets. Je pense qu’on peut le dire, nos smartphones nous servent partout et tout au long de la journée (et pour certains même la nuit). Quand on sait que la durée d’utilisation moyenne d’un smartphone est d’environ 3 ans, avant qu’on ne les change pour mieux. Les fêtes de Thanksgiving (avec son black friday qui suit) et Noël arrivent à grand pas, l’ancien va terminer comme les 100 millions d’autres téléphones dans un tiroir (ADEME). Pour éviter cela, le recyclage est une bonne option, mais pas que …

Recycler son smartphone oui, mais pour quoi ?

Donc on sait combien nos smartphones sont omniprésents dans notre quotidien, et qu’il nous est très difficile de s’en séparer (hey voilà un bonne idée de chalenge !), rappelons de quoi est composé ce petit appareil. Dans un smartphone moderne, on trouve environ 70 matériaux différents, répartis en plusieurs catégories principales. Je suis un peu bavard sur ce point, mais ça permettra de comparer avec ce qu’on peut récupérer.

  • Les plastiques et matières synthétiques représentent 30 à 50% du poids total, principalement utilisés pour la coque et l’isolation des circuits.
  • Les métaux constituent 25 à 40% du poids, avec une présence importante de cuivre (15-20%) et d’aluminium (4-9%). Les métaux précieux, bien que présents en faible quantité, sont essentiels au fonctionnement de l’appareil. On trouve ainsi de l’or (0,01-0,02%), de l’argent (0,1-0,3%) et du palladium (0,015%).
  • Les terres rares, comme le néodyme, le dysprosium et l’europium, sont également présentes en petites quantités mais sont cruciales pour les fonctionnalités de l’appareil.
Composition d'un smartphone

Crédit : Systex

Rappelons également que la fabrication d’un smartphone génère un impact environnemental considérable. L’extraction des matières premières nécessite des opérations minières intensives, particulièrement pour les terres rares et les métaux précieux. Ces activités entraînent souvent la destruction d’écosystèmes (défrichage de la zone des mines pour pouvoir creuser le sol) et une pollution importante des sols et des eaux (utilisation d’acides et autres solvants pour séparer les métaux du minerai, les déchets qui en résultent sont stockés à même le sol). Le processus de fabrication lui-même est très énergivore. La production d’un seul smartphone consomme en moyenne 136 kWh d’énergie et émet environ 60 kg de CO2. À l’échelle mondiale, avec plus d’un milliard de smartphones vendus chaque année, l’impact est énorme.

Un smartphone vraiment pour la vie ?

La durée de vie moyenne (d’utilisation) d’un smartphone est aujourd’hui de moins de 36 mois (source ADEME), bien que sa durée de vie technique potentielle soit de 4 à 7 ans (un iphone semble durer 1 an de plus qu’un Android haut de gamme). Cette courte durée d’utilisation s’explique par plusieurs facteurs : l’obsolescence programmée (Apple a connu plusieurs scandales, un bon exemple ici), l’évolution rapide des technologies et les stratégies marketing des fabricants (quelqu’un a parlé de soldes ?).

Une fois la date limite de consommation arrivée, quelles sont nos options ?

  1. On peut toujours le garder chez soi. En France, plus de 100 millions d’équipements mobiles sont « oubliés dans les tiroirs » (dans le monde c’est 10 milliards selon GSMA). Un véritable gisement de matériaux précieux qui pourraient être recyclés.
  2. Avant de recycler, peut-être que l’on peut encore le réparer ou le reconditionner. L’impact environnemental est bien moindre que le recyclage, j’en parlerai plus tard.
  3. Si vraiment c’est la fin, on voit ce qu’on peut recycler. Détaillons cela.

Le processus de recyclage des smartphones

Le recyclage des smartphones se déroule généralement en plusieurs étapes : collecte, tri et diagnostic, démantèlement, broyage et séparation des matériaux, affinage et valorisation. Le diagramme ci-dessous montre le cheminement de ces étapes :

Diagramme montrant les étapes du recyclage d'un smartphone

Collecte, tri et diagnostic

La collecte des smartphones est une étape cruciale du processus, puisqu’il faut aller les chercher dans nos tiroirs. Une fois collectés, les appareils sont triés, les smartphones fonctionnels ou réparables sont orientés vers le reconditionnement, les appareils irréparables ou trop anciens sont dirigés vers le recyclage. En France, plusieurs options existent pour les particuliers et les entreprises :

  • Les points de collecte qui se trouvent dans les magasins (recherchez des points de collecte Ecologic ici) et opérateurs (Orange, Bouygues, SFR, etc.). Vous en avez certainement croisé sans le savoir.
  • Les déchetteries. Elles reprennent normalement tous les appareils électroménagers et électroniques. Il suffit de demander à l’entrée si vous ne savez pas.
  • Les associations comme Emmaüs et les Ateliers du Bocage (particuliers ou entreprises). Ils donnent une seconde vie aux appareils de moins de 6 ans, sinon recyclés (coordonné par Ecosystem, plus d’info ici).

A partir de maintenant c’est un peu plus technique, mais accrochez vous c’est intéressant.

Démantèlement, broyage, séparation et affinage

Démantèlement de smartphones pour le recyclage

Crédit : Victorgrigas

L’étape de démantèlement nécessite un travail manuel précis :

  • Retrait de la batterie. Car elle contient des produits dangereux qu’il faut traiter séparément.
  • Séparation de l’écran. Le démontage de l’écran permet de récupérer la dalle led ou lcd.
  • Extraction des composants électroniques. On retire la carte mère et les différents modules électroniques comme les hauts parleurs ou les optiques photos.
  • Isolation des différentes parties. Le reste est également séparé : la coque externe en plastique, les connecteurs et autres câbles.

Les matériaux sont ensuite broyés de façon primaire puis une seconde fois pour atteindre la granulométrie fine souhaitée, et séparés selon différentes techniques :

  • Séparation magnétique pour les métaux ferreux. On utilise des aimants permanents et électro-aimants pour récupérer les métaux ferreux.
  • Courants de Foucault pour les métaux non ferreux comme le cuivre et l’aluminium
  • Séparation par densité et tri optique pour les plastiques. On sépare par flottation les premières matières plastiques (en fonction de la densité

Les matériaux récupérés sont ensuite affinés :

  • Les métaux précieux (or, argent, palladium) sont extraits et purifiés.
    • La pyrolyse permet d’éliminer les derniers éléments organiques et obtenir une poudre noire de métaux précieux. Une fusion à 9000°C permet ensuite d’obtenir les métaux (le métal liquide est coulé en plaques).
    • Pour d’autres métaux, c’est l’hydrométallurgie qui est utilisée. On place les éléments dans des bains chimiques, puis un traitement par électrolyse permet de séparer les différents métaux.
  • Les terres rares. Un traitement par hydrogénation pour récupérer le néodyme des aimants, et un processus de décrépitation pour les autres.

De la matière à la valorisation

Pour 100 000 téléphones traités, on récupère (source Umicore) 9 kg d’argent, 2 kg d’or, 250 g de palladium et 900 kg de cuivre.Les plastiques sont recyclés ou valorisés énergétiquement. Ils sont incinérés et participent à la fusion pour extraire les métaux.

Les principales entreprises de recyclage des déchets électroniques en Europe sont Umicore (Belgique) dont l’usine principale est située à Hoboken près d’Anvers, Boliden (Suède) possède plusieurs sites notamment un à Rönnskär, Veolia (France) qui est un partenaire majeur des éco-organismes français de la filière DEEE, Remondis (Allemagne), SUEZ DEEE (France), Recygo (France) s’appuie sur SUEZ DEEE pour le traitement des déchets électroniques.
Il existe également des éco-organisme qui travaillent avec les entreprises de recyclage, comme Ecosystem ou Ecologic qui sont tous deux agréés pour traiter les DEEE.

Les défis techniques pour recycler

Les principales technologies utilisées pour le recyclage des smartphones sont :

  • La pyrométallurgie. On l’a vu un peu plus tôt, ce procédé utilise des températures élevées pour séparer les métaux. Les avantages sont principalement une grande efficacité pour les métaux précieux, la possibilité de traiter des volumes importants et un taux de pureté très bon.
  • L’hydrométallurgie. Cette technique utilise des solutions chimiques pour extraire les métaux. C’est plus précis que la pyrométallurgie, moins énergivore et plus adaptée aux petits volumes
  • La biométallurgie. La méthode la plus répandue est la biolixiviation (mot compte triple). Une technique innovante utilisant des micro-organismes acidophiles, mésophiles ou thermophiles. Elle semble plus respectueuse de l’environnement et prometteuse pour l’avenir.

Quel est l’impact du recyclage de mon smartphone ?

Le recyclage des smartphones génère une activité économique non négligeable. C’est en partie grâce à la récupération et valorisation des métaux précieux. Mais pas que, cela permet également la création d’emplois locaux, et le développement d’une économie circulaire, limitant les importations et les contraintes d’approvisionnement associées. Enfin cela stimule l’innovation technologique dans le domaine du traitement des déchets électroniques.

Le recyclage des smartphones a un impact positif significatif sur l’environnement :

  1. Réduction de l’extraction de matières premières : En récupérant les matériaux des anciens appareils, on diminue la nécessité d’extraire de nouvelles ressources, ce qui limite la déforestation et la pollution liées à l’exploitation minière.
  2. Économie d’énergie : Le recyclage consomme moins d’énergie que l’extraction et la transformation de nouvelles matières premières. Par exemple, recycler l’aluminium nécessite 95% moins d’énergie que sa production à partir de matières premières.
  3. Réduction des déchets électroniques : Le recyclage permet de détourner les smartphones des décharges, où ils peuvent libérer des substances toxiques dans l’environnement.
  4. Diminution des émissions de gaz à effet de serre : En évitant la production de nouveaux appareils, on réduit les émissions liées à la fabrication et au transport.

Les limites actuelles du recyclage

Le recyclage des smartphones en Europe est un processus complexe mais essentiel pour réduire l’impact environnemental de ces appareils. Bien que les infrastructures et les technologies de recyclage s’améliorent constamment, il reste encore des progrès à faire pour augmenter le taux de recyclage et optimiser la récupération des matériaux précieux. Donc malgré ses avantages, le recyclage fait face à plusieurs défis :

  • Seule une vingtaine de matériaux sur 70 sont actuellement recyclables (selon l’ADEME). C’est du au fait qu’on utilise des alliages de métaux et autres terres rares pour fabriquer les smartphones. Ça les rend plus solides, plus performants, mais le revers de la médaille c’est un moins bon recyclage.
  • Le coût du recyclage reste parfois supérieur à celui de l’extraction de nouvelles matières premières (source FarOuest). Par exemple le lithium issu du recyclage coûte plus cher que celui qui est extrait des mines d’Amérique latine.
  • Certains matériaux s’oxydent très vite, ce qui ne permet pas leur recyclage. C’est le cas du tantale dans les microcondensateurs.

Les alternatives au recyclage des smartphones

Ne pas se précipiter pour le changer. Si on patiente avant de craquer sur le dernier modèle, alors que celui qu’on utilise fonctionne encore très bien, on améliore l’empreinte environnementale de ce dernier. Il est certain que les publicités vantant les mérites des nouvelles fonctionnalités des derniers flagships nous incitent à changer. Mais est ce que le ROI en terme de fonctionnalités nouvelles vs prix payé en vaut le coup ?

On répare. ça nous est tous arrivé au moins un fois, le téléphone glisse de la main, et paf, la vitre est étoilée. Si si, j’en suis sûr. 80% des réparations concernent les écrans (encore selon l’ADEME). Mais même une batterie qui ne tient plus, un port usb qui ne charge plus, un haut parleur qui ne diffuse plus de son, ou encore un plongeon dans la cuvette des toilettes, ça peut se réparer (enfin, ça dépend du niveau d’apnée). Pensez aussi à vider la mémoire des photos en doubles, triples, … et également à désinstaller les applis que vous n’utilisez plus depuis des mois.

Le reconditionnement. Votre appareil sera nettoyé, réinitialisé, révisé, testé. Si une pièce est défectueuse, elle sera remplacée par une neuve. Cela permettra à celui ou celle qui le rachètera de réduire de 2 à 4 fois l’impact environnemental par rapport à un neuf (encore et toujours selon l’ADEME).
Le marché du reconditionné connaît une croissance importante : 37% des Français ont opté pour un smartphone reconditionné en 2022.

L’allongement de la durée d’utilisation

De très nombreux articles donnent les meilleurs conseils pour prolonger l’existence de votre smartphone. Je vous conseille celui de l’ADEME ici. Dans les grandes lignes : on ne s’assoie pas sur ont téléphone (on bichonne son écran), il faut aussi régulièrement faire du ménage (dans la mémoire et les applis) pour garder des performances intéressantes, améliorez l’autonomie de la batterie en désactivant les options non utilisées (bluetooth, géolocalisation, NFC, …) et gardez une charge entre 20% et 80% du maximum. Enfin déconnectez de temps en temps, ça améliorera aussi le super pouvoir qu’est votre attention (Fabien Olicard, 2024).

Les perspectives d’avenir

Parce qu’on croit en l’avenir, on sait qu’on peut s’améliorer. Les principaux défis à relever sont :

  • L’augmentation du taux de collecte. Pour cela il faut diversifier les modes (par exemple des CollectoBus ou des évènements spéciaux) et encore multiplier les points de collecte dans les magasins et enfin peut-être améliorer / simplifier la collecte à domicile.
  • L’amélioration des processus de recyclage et des innovations technologiques. La pyrométallurgie et hydrométallurgie sont des procédés qui existent depuis déjà longtemps. Mais la biométallurgie est plus récente, donc le potentiel d’innovation est normalement plus élevé (je ne suis pas spécialiste, là je regarde ma boule de cristal).
  • Le développement de l’éco-conception. La conception modulaire des smartphones permettrait de faciliter la réparation, le démontage et donc le recyclage. De plus en utilisant des composants plus standards, cela améliorerait les techniques et permettrait plus d’automatisation / robotisation. Enfin, la réduction d’utilisation de produits toxiques augmenterait le taux de recyclage.
  • L’évolution des comportements des consommateurs. En sensibilisant plus les utilisateurs sur les impacts liés à la production / fabrication, les usages permettant d’améliorer la durée de vie et le recyclage des smartphones.
  • L’évolution de la règlementation. Le régulateur est déjà conscient de l’urgence (voir le rapport du Sénat). Il serait intéressant d’améliorer les normes sur l’éco-conception, l’indice de réparabilité étant un bon point de départ. Ces nouvelles règles seraient bien sûr à mettre en place au niveau européen.

Pour conclure sur le recyclage des smartphones

Ok, le recyclage ne permet pas de tout récupérer. Mais n’oublions pas l’impact d’une production neuve. Certes, les innovations technologiques ont permis de grandement l’améliorer, et elles vont continuer. Ce qu’il faut principalement pour que cette filière puisse progresser, c’est augmenter le taux de collecte, et ça, c’est à chacun de faire un petit effort. S’il y avait donc un ou deux gestes que vous pourriez faire, c’est aller rechercher le ou les anciens téléphones qui trainent dans vos tiroirs et les ramener en points de collectes, c’est toujours ça que l’on n’extraira pas de la croûte terrestre. Ensuite, siouplé, prenez soin de vos matériel et logiciel, ça permettra de faire tenir 1 ou 2 ans de plus votre smartphone, la planète vous dira merci.

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