Noémie, c’est ma cousine. Elle a 29 ans, adore les séries, les photos des voyages qu’elle fait autour du monde, et ne se sépare jamais de son smartphone. Comme beaucoup, elle ne s’est jamais vraiment posé la question : son usage du numérique, est-il vraiment durable ? Jusqu’au jour où, en scrollant son fil Insta, elle tombe sur une info : « Il faut 200kg de ressources pour fabriquer un smartphone de 200g ». Quoi encore une fake new ? eh non, puis … le déclic. C’est ainsi qu’a débuté la quête de Noémie dans la compréhension des besoins du numérique, de ce qu’est la sobriété numérique … et comment elle a commencé à agir, concrètement.
Dans cet article, nous aborderons d’abord ce qu’est la sobriété numérique, que comme pour bien s’alimenter, il faut consommer de manière raisonnée et équilibrée. Puis sans se faire peur quelques chiffres pour mesurer là où nous en sommes et enfin nous présenterons 5 gestes simples et pratiques que Noémie a également inclus dans sa routine pour débuter la sobriété numérique.
Utilisez cet article comme un guide, pour vous et / ou vos proches, qui souhaitez vous y mettre. Je vais tenter de vous accompagner, pas à pas, sans pression.

La sobriété numérique, c’est quoi ?
Et d’abord, qu’est ce que c’est que cette sobriété numérique dont je vous parle depuis le début. Bonne nouvelle : ce n’est pas une punition, mais disons plutôt une opportunité. C’est la démarche qui consiste à utiliser le numérique de façon plus raisonnée, pour réduire son impact sur la planète, tout en gagnant en efficacité.
La sobriété numérique, c’est adopter un usage avisé et modeste des technologies numériques pour limiter leur impact environnemental
Cette définition, établie par l’Office québécois de la langue française, synthétise parfaitement l’approche proposée par Frédéric Bordage dès 2008, fondateur de GreenIT.fr, qui la décrivait comme « la démarche qui consiste à concevoir des services numériques plus sobres et à modérer ses usages numériques quotidiens ».
Pourquoi nous y mettre ?
Quelques chiffres qui font réfléchir
- Comme mentionné en introduction, la fabrication d’un smartphone nécessite 200 kg de matières premières et 100 m³ d’eau : 80 % de son impact écologique a lieu avant même sa première utilisation (selon cet article de l’ADEME). En plus de dévaster la biodiversité, les conditions des travail sont très souvent inhumaines dans les mines dont sont extraites les précieuses ressources permettant d’avoir les performances de nos smartphones actuels.
- En 2025, le numérique représente plus de 4 % de l’empreinte carbone de la France (selon l’ADEME) et 10 % de sa consommation électrique (selon RTE). C’est 29,5 millions de tonnes de CO2 (équivalent CO2), et une consommation d’électricité à 51,5 TWh.Comme il est difficile de se représenter ces mesures gigantesques, cela représente l’empreinte carbone de tous les poids lourds et la consommation énergétique du grand Paris.
- La vidéo en streaming représente plus de 60 % du trafic Internet mondial. Et ces flux se décomposent en 4 catégories : la VoD (34%), la pornographie (27%), les videos de type Youtube (21%) et le reste. J’en parlais dans cet article sur les impacts du streaming. Les facteurs aggravants sont surtout les nouvelles résolutions ultra haute définition (8K), la multiplication de nos écrans (TV, smartphones, tablettes, …), et les designs addictifs des plateformes avec lecture automatique comme meilleur exemple.
Derrière nos écrans, une réalité bien matérielle
On parle souvent de “dématérialisation”, mais chaque action numérique repose sur des équipements très concrets : data centers, réseaux, serveurs… qui consomment beaucoup d’énergie et de ressources naturelles. Derrière chaque photo envoyée ou chaque vidéo regardée, il y a des kilomètres de câbles souterrains, des antennes, et surtout d’immenses entrepôts remplis d’ordinateurs qui tournent en continu pour traiter et stocker les données. Les data centers, véritables « usines numériques », ont besoin de systèmes puissants de refroidissement pour éviter la surchauffe, ce qui augmente encore leur consommation d’électricité.
La consommation énergétique annuelle d’un datacenter de 10 000 m² est d’environ 60 GWh, soit autant qu’une ville de 50 000 habitants en France.
Même un simple “like” ou un mail stocké active des machines bien réelles, souvent situées à l’autre bout du monde, et mobilise des matériaux parfois rares ou issus de l’extraction minière. Le “cloud” n’est donc pas un nuage virtuel : il s’ancre dans des infrastructures très physiques, qui laissent une empreinte visible sur notre planète.
Sobriété numérique débutant : les 3 piliers à adopter
Vous l’aurez compris, les impacts sont très importants et l’usage que nous en avons est démesuré. Avant de parler de vos premiers pas, voyons les piliers de la sobriété numérique :
- Allonger la durée de vie des appareils
- Garder son ordinateur ou son smartphone plus longtemps (au moins 4 ans pour un PC selon l’ADEME) : c’est le geste le plus efficace pour réduire son impact. Puisque son impact environnemental est le plus important pendant sa fabrication, le mieux est d’en fabriquer moins, donc d’en changer moins.
- Privilégier la réparation ou l’achat reconditionné plutôt que le neuf. Faire réparer ses matériels n’est pas aussi cher qu’on le pense. Et il est possible de bénéficier d’aides de l’état selon l’agrément du réparateur.
- Nettoyer régulièrement ses appareils pour éviter les pannes et la surchauffe. Je parle ici du nettoyage extérieur bien sûr, mais faire du ménage de la mémoire permet de conserver de bonnes performances longtemps.
- Modérer ses usages et ses contenus
- Réduire le streaming vidéo : choisir une qualité adaptée à l’écran, télécharger plutôt que streamer en boucle, privilégier l’audio pour la musique.
- Limiter le stockage inutile sur le cloud, supprimer les fichiers non essentiels, désactiver la synchronisation automatique.
- Optimiser l’énergie et les connexions
- Éteindre complètement les appareils inutilisés, activer les modes économie d’énergie.
- Privilégier le Wi-Fi ou mieux, la connexion filaire, plutôt que la 4G (qui consomme 3 fois plus d’énergie).
- Utiliser des prises intelligentes pour couper l’alimentation des appareils en veille.
Vos premières actions concrètes
- Chouchoutez votre matériel ! Nous l’avons vu, l’impact principal du numérique à lieu au moment de sa fabrication, plus qu’à son usage au quotidien. Donc moins vous en achetez moins notre environnement est impacté.
- Faites du ménage dans vos données : fini les photos en triple stockées sur votre téléphone mais aussi sur le cloud. Moins de consommation de cloud signifie moins de datacenter, donc moins de ressources consommées. Les mails étant beaucoup plus légers que les photos et vidéos, vous pourrez vous en occuper après.
- Adoptez la règle des 5R : Refuser, Réduire, Réparer, Réutiliser, Recycler. Résistez aux publicités et aux soldes sur les derniers modèles de vos matériels.
- Planifiez des détox numériques : réservez des moments sans écran pour se reconnecter au réel, à votre famille. Noémie a pour sa part mis en place le dimanche déconnecté. Mais cela peut aussi être une limite de 30 minutes par jour à votre réseau social favori.
- Sensibilisez votre entourage : partagez vos bonnes pratiques pour amplifier l’impact collectif. Car si votre participation compte, c’est surtout si tout le monde joue le jeu que l’impact positif sera visible.
Quels bénéfices ?
- Pour la planète : moins d’extraction minière pour fabriquer un ordinateur ou un smartphone, cela signifie moins de rejets de produits toxiques dans la nature, moins de déforestation, moins d’émissions de gaz à effet de serre et moins de déchets électroniques.
- Pour le portefeuille : eh oui, vous économisez en prolongeant la durée de vie de vos équipements et en réduisant la consommation d’énergie.
- Pour vous : en réduisant votre utilisation numérique vous sentirez comme un sentiment de liberté, moins de stress, plus de temps, une meilleure efficacité et plus de concentration.
Finalement, vous commencerez par quoi ?
Comme Noémie, vous l’avez vu : pas besoin de tout révolutionner du jour au lendemain pour débuter la sobriété numérique. L’important, c’est de prendre conscience de l’envers du décor, d’essayer quelques gestes simples, puis d’observer les bienfaits – pour la planète, mais aussi pour soi.
Chaque petit pas compte. En prolongeant la vie de vos appareils, en triant vos données, en modérant vos usages, vous contribuez déjà à réduire l’empreinte du numérique. Ce n’est ni un sacrifice, ni un retour en arrière, mais un nouvel équilibre à (re)trouver, plus en accord avec les enjeux d’aujourd’hui.
Noémie continue d’apprendre et d’adapter ses habitudes, à son rythme – sans pression, mais avec détermination. Et si le changement commence par une seule personne, il se propage vite autour de soi : amis, famille, collègues… La sobriété numérique, c’est finalement un choix collectif : celui de garder le meilleur de la technologie, tout en préservant notre avenir.
Alors, quelle première action testerez-vous cette semaine ?