« Google est ton ami ! » C’était la réplique que j’ai longtemps appliquée quand je ne connaissais pas une réponse. Aujourd’hui, je me rends compte. Chaque recherche sur le moteur le plus utilisé, chaque clic, chaque lien ouvert représente une consommation d’énergie et génère une quantité mesurable de CO₂. Pourtant, l’empreinte carbone de nos recherches quotidiennes est souvent oubliée ou reste floue pour de nombreux utilisateurs.
Les chiffres divergent de manière intéressante, soulevant des questions sur la transparence et la complexité des calculs de l’empreinte carbone. Selon Google, il y a 15 ans une recherche générait environ 0,2 g de CO₂, tandis qu’Alex Wissner-Gross, alors chercheur à Harvard, estimait ce chiffre à 7 g de CO₂ par requête. Pourquoi une telle différence ? Plusieurs éléments expliquent ces écarts. Allez, on gratte un peu …

Estimations divergentes de l’empreinte carbone
La différence marquante entre les chiffres de Google et ceux de Wissner-Gross reflète plusieurs aspects des calculs d’empreinte carbone. Pourquoi une recherche sur Google pourrait-elle émettre entre 0,2 g et 7 g de CO₂ ? Pour répondre à cette question, examinons les principales raisons de cet écart.
- Étendue de l’analyse : La portée de chaque analyse peut influer sur le résultat final. Google semble se limiter aux serveurs de ses propres datacenters, tandis que Wissner-Gross adopte une perspective plus globale. Il inclut par exemple la consommation énergétique des dispositifs des utilisateurs (smartphones, pc, …) et du réseau Internet dans son ensemble, ce qui augmente de façon importante les émissions calculées.
- Transparence des données : Google reste discret sur les détails techniques et les sources d’énergie utilisées dans ses opérations. Cela rend difficile l’évaluation de l’impact carbone par des tiers. Sans accès à des informations complètes, les estimations indépendantes peuvent inclure des hypothèses que Google ne prend pas en compte dans ses calculs.
- Intérêts divergents : La volonté de Google de réduire son empreinte apparente, pour des raisons d’image, influence probablement sa méthodologie. Les chercheurs indépendants, en revanche, visent une estimation plus exhaustive, même si cela donne des résultats plus élevés. Cette différence d’intérêts contribue à la disparité des chiffres.
Ce débat souligne la difficulté de quantifier précisément l’impact carbone des technologies de l’information. Alors, comment se déroule techniquement une recherche Google, et quelles sont les étapes contribuant à l’empreinte carbone ?
Instant théorie : comment fonctionne une recherche Google
Une simple recherche Google n’est pas aussi immédiate qu’il n’y paraît. Elle implique plusieurs processus énergivores qui se déroulent en coulisses. Voici un aperçu de ce qu’il se passe techniquement quand je fais une recherche en ligne (l’ADEME en a même fait une courte video ici) :
- Demande de page d’accueil du moteur de recherche. Lorsque j’ouvre Google, mon appareil envoie une requête au data center du moteur de recherche. Celui-ci, situé dans un centre de données distant, renvoie la page d’accueil.
- Saisie de la requête par mot-clé. Je tape ensuite des mots-clés dans le champ de recherche. Les serveurs du data center se mettent alors au travail en parcourant un répertoire immense de données pour identifier les pages et les sites pertinents. Ce processus fait appel à plusieurs serveurs situés dans différents datacenters.
- Affichage des résultats et interaction. Une fois les résultats affichés, je sélectionne un lien. Ce clic peut nécessiter une nouvelle action des serveurs de Google : me rediriger directement vers le site sélectionné ou interagir avec le serveur du site tout en exécutant une transaction publicitaire.
Ces étapes, bien que rapides, mobilisent plusieurs infrastructures, chacune ayant une consommation d’énergie non négligeable. Les émissions de CO₂ qui en découlent dépendent de plusieurs facteurs que nous allons explorer.

Facteurs influençant la consommation
De multiples éléments impactent l’empreinte carbone d’une recherche Google. Voici les principaux :
- Les serveurs de Google. Google comptait environ 500 000 serveurs répartis dans ses datacenters à l’époque (aujourd’hui on approche le million). Cela nécessite une quantité massive d’énergie pour gérer des milliards de requêtes quotidiennes. Même si ses serveurs sont optimisés pour consommer moins d’énergie, l’empreinte carbone reste importante.
- Transport des données sur le réseau. Entre le data center et l’appareil de l’utilisateur, les données transitent par un réseau de câbles, de routeurs et de stations de base, qui consomment également de l’énergie.
- L’appareil de l’utilisateur. Qu’il s’agisse d’un smartphone ou d’un ordinateur, chaque appareil requiert de l’énergie pour se connecter à Internet. Idem pour charger les pages, et afficher les résultats de recherche. Cette consommation d’énergie s’ajoute aux émissions générées par les datacenters.
La majorité de l’impact provient toutefois des datacenters de Google. Les serveurs nécessitent une importante puissance de calcul, de refroidissement, et fonctionnent souvent en continu. Cela contribue à des émissions de CO₂ significatives.
Estimations plus récentes : vers une évaluation intermédiaire ?
Plusieurs études ont tenté de produire des estimations actualisées et intermédiaires, s’efforçant de refléter une réalité plus nuancée. Selon Greenspector, une recherche en ligne produit en moyenne 0,167 g de CO₂, tous moteurs de recherche confondus. Pour Google spécifiquement, la valeur serait légèrement supérieure, à 0,192 g de CO₂ par recherche.
Ces estimations, bien qu’encore variables, offrent une approche plus actuelle en intégrant des données de mesures concrètes. Elles soulignent cependant l’importance de clarifier et de normaliser les méthodologies utilisées pour évaluer l’empreinte carbone des technologies numériques.
Impact global : l’empreinte cumulée des recherches Google
Avec environ 80 000 recherches par seconde effectuées sur Google (source Greenspector), l’impact environnemental cumulé est énorme :
- 8,66 kg de CO₂ émis chaque seconde, soit l’équivalent de 77 km parcourus en voiture à chaque seconde.
L’ADEME estime qu’un internaute produit en moyenne 9,9 kg de CO₂ annuellement en effectuant des recherches en ligne. Cette empreinte carbone globale montre l’ampleur de l’impact de notre usage quotidien des moteurs de recherche et appelle à une prise de conscience et à des actions plus responsables.
L’augmentation liée à l’IA : un poids supplémentaire
Avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA), l’empreinte énergétique de Google risque d’augmenter de manière exponentielle. Les requêtes intégrant l’IA, comme celles effectuées par des assistants virtuels, nécessitent en effet des capacités de calcul bien plus importantes.
En effet, une requête IA consommerait environ 10 fois plus d’énergie qu’une recherche classique. Cette montée en puissance de l’IA exige des investissements massifs en infrastructure informatique, entraînant une hausse importante de la consommation d’énergie et, par conséquent, des émissions de CO₂.
Nos actions concrètes pour réduire l’empreinte carbone
Heureusement, il existe plusieurs moyens de réduire notre empreinte carbone numérique, même en utilisant quotidiennement des moteurs de recherche. Voici trois actions simples et efficaces pour limiter cet impact :
- Rechercher directement par URL. Lorsque nous connaissons le site que nous souhaitons visiter, tapons directement l’URL dans notre navigateur. Cela réduit le nombre de recherches inutiles, et nous pouvons faciliter ce processus en organisant nos liens dans nos favoris.
- Utiliser des moteurs de recherche écologiques. Certaines alternatives comme Ecosia plantent des arbres pour chaque recherche, compensant ainsi une partie des émissions de CO₂. D’autres options incluent Lilo, Ekoru, GiveWater, Goodsearch, Blackle, et OceanHero. Pour soutenir ces initiatives, il est souvent nécessaire de cliquer sur les publicités proposées par ces moteurs ; cela finance leurs causes environnementales grâce aux revenus publicitaires.
- Limiter les recherches répétitives. En gardant une trace des informations importantes (historique de navigation), nous pouvons éviter de faire la même recherche plusieurs fois, réduisant ainsi notre consommation d’énergie.

Conclusion
L’empreinte carbone d’une recherche Google, bien qu’elle semble minime, devient significative lorsqu’elle est multipliée par le nombre d’utilisateurs et de requêtes quotidiennes. Que ce chiffre soit de 0,2 g, 0,192 g ou de 7 g de CO₂, il est indéniable que notre utilisation du numérique a un impact écologique. En adoptant des pratiques de navigation plus responsables et en choisissant des alternatives respectueuses de l’environnement, nous pouvons contribuer à limiter cet impact.