Votre smartphone est bien plus qu’un simple outil de communication. Derrière son écran tactile et ses applications pratiques se cache un cycle de vie complexe, souvent méconnu, qui pèse lourdement sur la planète. Alors, de l’extraction des minerais à sa fin de vie, chaque étape a un impact environnemental et social majeur. Dans cet article, nous décryptons ces enjeux et vous proposons des solutions concrètes pour réduire votre empreinte.

L’extraction des matières premières : un coût humain et environnemental
Tout d’abord, un smartphone contient plus de 60 matériaux différents, dont des métaux rares et des terres rares. Leur extraction a des conséquences dramatiques, tant pour l’environnement que pour les populations locales. Voici ce qu’il faut savoir.
Des matériaux précieux et rares
Chaque smartphone renferme des quantités infimes mais précieuses de métaux : 30 mg d’or, 15 g de cuivre et 3 g de cobalt, 0,3 g d’argent (ce sont des ordres de grandeur, chaque smartphone est différent). On y trouve aussi des terres rares comme le néodyme (pour les haut-parleurs), l’indium (pour les écrans tactiles) ou encore le tantale (pour les condensateurs). Ces matériaux, bien que présents en petites quantités, sont indispensables au fonctionnement de nos appareils. Et bien entendu toutes ces extractions sont très énergivores.
Des impacts dévastateurs
Je pose aussi ça comme ça, mais l’extraction de ces minerais a un coût humain et environnemental exorbitant :
- Cobalt : 70 % de la production mondiale provient de la République Démocratique du Congo (RDC). Les conditions d’extraction y sont souvent dangereuses, avec un recours fréquent au travail des enfants (source : UNICEF, Amnesty International). Il servira pour les batteries.
- Lithium : Principalement extrait au Chili, en Argentine, en Bolivie (le triangle du lithium) et en Australie, son extraction consomme des quantités colossales d’eau : 2 millions de litres par tonne de lithium (source : UNEP). A noter que des améliorations techniques permettent de maintenant réduire cette empreinte (source : Veolia)
- Terres rares : 80 % de la production mondiale provient de Chine (70% de la production minière et 90% du raffinage), où les déchets toxiques polluent les sols et les eaux, comme à Baotou, où un lac artificiel est devenu un symbole de cette pollution.
- Émissions de CO₂ : L’extraction et le raffinage des métaux représentent à eux seuls plus de 75 % de l’empreinte carbone d’un smartphone (source : Ekwateur). Anecdote intéressante selon cette même source : Apple, Samsung ou Huawei n’ont pas les mêmes empreintes carbone.
Ces chiffres soulignent l’importance de repenser notre consommation et, selon moi, de privilégier des alternatives durables.
La fabrication et l’assemblage : une industrie énergivore et polluante, des pratiques controversées
Ensuite, la fabrication d’un smartphone est une étape clé qui consomme énormément d’énergie et de ressources. Cela représente 80 % de son énergie totale et consomme plusieurs milliers de litres d’eau (12 000 litres selon ADEME et 76 000 litres selon INSEE). Les usines rejettent également des métaux lourds comme le plomb et le mercure, polluant les sols et les cours d’eau. Principalement concentrée en Asie, cette industrie a un impact environnemental et social considérable.
L’assemblage des smartphones est principalement réalisé en Chine, dans des usines géantes comme celles de Foxconn ou Pegatron. Ces sites, bien que très productifs, sont souvent pointés du doigt pour leurs conditions de travail et leur impact environnemental.
Des conditions de travail souvent précaires
La majorité des composants sont fabriqués en Chine, en Corée du Sud, à Taïwan et au Japon. Là, disons que, les conditions de travail y sont souvent critiquées : horaires extensifs (jusqu’à 12 heures par jour, 6 jour sur 7), salaires bas (200 à 300 € par mois) et exposition à des produits toxiques (source : China Labor Watch). En 2010, une vague de suicides chez Foxconn avait mis en lumière ces conditions de travail (source : The Guardian).
Un impact environnemental non négligeable
L’assemblage représente 5 % de l’empreinte carbone totale d’un smartphone (ce chiffre n’est pas toujours le même selon les sources). D’autre part, les chutes de matériaux (métaux, plastiques) sont rarement recyclées, ce qui aggrave leur impact environnemental.
Le transport et la distribution : une logistique mondiale polluante
Une fois fabriqués, les smartphones sont transportés à travers le monde, principalement par bateau et avion. Cette logistique contribue significativement à leur empreinte carbone.
Un transport énergivore
90 % des smartphones sont transportés par bateau. Un conteneur de 40 pieds peut contenir jusqu’à 20 000 smartphones. Le transport aérien, utilisé pour les lancements de nouveaux modèles, est bien plus polluant. Par exemple, Apple utilise l’avion pour livrer ses iPhones en urgence.
Des emballages souvent superflus
Un iPhone est livré avec 30 à 40 g d’emballages plastiques. Le transport et la distribution représentent 5 à 10 % de l’empreinte carbone d’un smartphone. Un appareil transporté de Chine vers l’Europe émet environ 2 kg de CO₂ (source : Apple).
L’utilisation : une consommation énergétique sous-estimée
L’utilisation quotidienne d’un smartphone a un impact environnemental souvent sous-estimé. Entre la recharge de la batterie, les réseaux mobiles et les data centers, chaque geste compte.
La recharge et les réseaux mobiles
Recharger un smartphone tous les jours nous fait consommer en moyenne 3,7 kWh par an. C’est sans compter les infrastructures nous permettant d’utiliser nos smartphones. Les réseaux 4G et 5G, ainsi que les data centers, consomment une quantité colossale d’énergie. Par exemple, les data centers représentent 1,5 % de la consommation mondiale d’électricité (source).
L’obsolescence programmée
La durée de vie moyenne d’un smartphone est de 2 à 3 ans en Europe, et seulement 18 mois aux États-Unis. En France, 88 % des smartphones sont remplacés alors qu’ils fonctionnent encore (source : ADEME). L’obsolescence programmée, via des batteries non remplaçables ou des mises à jour ralentissant les anciens modèles, aggrave ce phénomène. Prolonger la durée de vie d’un smartphone de 1 an réduit son empreinte carbone de 25 % (source : Greenpeace).
La fin de vie : un recyclage encore insuffisant
Seule une petite partie des smartphones est recyclée. La majorité finit dans des décharges ou est exportée illégalement vers des pays en développement, où ils polluent les sols et menacent la santé des populations locales.
Que deviennent nos anciens smartphones ?
Seulement 22 % des smartphones sont recyclés (35% en Europe et 15 à 20% en France). En Europe, 100 millions de smartphones dorment dans des tiroirs (source : Eurostat). En France, 1 million de tonnes de déchets électroniques sont collectées chaque année, mais seulement 22 % sont recyclées (source : ADEME).
Un recyclage essentiel mais complexe
Le recyclage des smartphones permet de récupérer des métaux précieux et de réduire la pollution. Cependant, seulement 10 à 15 % des métaux rares sont actuellement récupérés. En 2020, 50 000 tonnes d’or ont été perdues dans les déchets électroniques (source : UNEP).
Des initiatives pour améliorer le recyclage
Des programmes de reprise existent, comme ceux d’Apple, Samsung ou Fairphone. En France, des éco-organismes comme Eco-systèmes et Ecologic collectent les déchets électroniques. Des startups innovantes, comme Li-Cycle, se spécialisent dans le recyclage des batteries lithium-ion.
7 actions concrètes pour réduire l’impact de votre smartphone
Voici des gestes simples pour alléger l’empreinte de votre smartphone :
- Achetez un smartphone reconditionné : Premièrement, un appareil reconditionné émet 80 % de CO₂ en moins qu’un neuf. Des plateformes comme Back Market ou Recommerce proposent des smartphones de qualité à prix réduit.
- Prolongez la durée de vie de votre smartphone : Le garder 4 ans au lieu de 2 réduit son impact de 50 %. Remplacez la batterie ou l’écran plutôt que de racheter un nouvel appareil.
- Recyclez votre ancien smartphone : Déposez-le dans un point de collecte. En France, 9 000 points de collecte sont disponibles (source : Eco-systèmes).
- Évitez les forfaits avec smartphone inclus : Ces offres encouragent le renouvellement prématuré des appareils.
- Choisissez un smartphone éco-conçu : Des marques comme Fairphone ou Shiftphone proposent des appareils modulaires, réparables et durables.
- Limitez le stockage de données dans le cloud : Supprimez les fichiers inutiles et désactivez la sauvegarde automatique pour réduire l’énergie consommée par les data centers.
- Sensibilisez votre entourage : Enfin, partagez ces informations et encouragez vos proches à adopter des gestes plus responsables.
Des alternatives existent : le reconditionné et l’éco-conception
Face à ces enjeux, des alternatives émergent. Le reconditionnement et l’éco-conception offrent des solutions durables pour réduire l’impact de nos smartphones.
Le reconditionné : une seconde vie pour les smartphones
Acheter un smartphone reconditionné permet de réduire son empreinte carbone de 80 %. Des plateformes comme Back Market ou Remade proposent des appareils testés et garantis, à des prix attractifs.
L’éco-conception : des smartphones plus durables
Des marques comme Fairphone ou Shiftphone misent sur l’éco-conception. Leurs smartphones sont modulaires, réparables et conçus pour durer. Par exemple, le Fairphone 4 a une durée de vie de 5 ans et des pièces détachées facilement remplaçables.

Conclusion : agissons pour un numérique plus responsable
Le cycle de vie d’un smartphone a un impact environnemental et social majeur. De l’extraction des minerais à sa fin de vie, chaque étape compte. Heureusement, des solutions existent : reconditionnement, éco-conception, recyclage et prolongation de la durée de vie des appareils. En adoptant ces gestes, nous pouvons tous contribuer à un numérique plus responsable et durable.
Et vous, quel geste allez-vous adopter pour réduire l’impact de votre smartphone ? Partagez vos idées en commentaire !
Sources et références
ADEME (2021). *Analyse du cycle de vie d’un smartphone*
UNICEF & Amnesty International. *Travail des enfants dans les mines de cobalt*
UNEP. *Impact environnemental de l’extraction du lithium*
Greenpeace. *Guide pour un numérique responsable*